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Qu’est-ce que l’identité de marque ? Définition, composantes et cohérence

Design expérience de marqueEnseignement supérieur & Design — Expertise
Illustration article identité de Marque, Sébastien Kunz Studio

Qu'est-ce que l'identité de marque, et comment savoir si la vôtre est vraiment cohérente ?

L’identité de marque est l’ensemble des éléments qu’une organisation choisit délibérément pour se représenter et être reconnue : son nom, son identité visuelle, sa voix, ses valeurs, sa promesse, son comportement dans les interactions. C’est ce que la marque décide d’être et de montrer.

Elle se distingue de l’image de marque, qui est la perception que les usagers ont réellement de la marque. L’identité est ce que l’organisation projette. L’image est ce que les usagers perçoivent. Ces deux réalités ne coïncident pas toujours, et l’écart entre elles est l’un des problèmes les plus fréquents en stratégie de marque.

Trois limites fragilisent régulièrement l’identité de marque dans la pratique : elle est souvent réduite à sa dimension visuelle, définie une fois sans être revisitée, et pensée comme une projection externe plutôt que comme quelque chose de vécu de l’intérieur. C’est là qu’intervient le design d’expérience de marque : vérifier que l’identité définie est bien celle que les usagers vivent réellement.

Identité de marque et image de marque : une distinction fondamentale

Ces deux notions sont au coeur de toute réflexion sur la marque, et leur confusion génère des erreurs stratégiques coûteuses.

L’identité de marque est volontaire. C’est ce que l’organisation décide d’être, de dire, de montrer. Elle est construite, formalisée, pilotée. Elle correspond à l’intention.

L’image de marque est perçue. C’est la représentation que les usagers se font de la marque, à partir de l’ensemble de leurs interactions avec elle. Elle ne se décrète pas : elle se construit, dans les esprits, au fil du temps et des expériences vécues.

L’objectif d’une stratégie de marque solide est de réduire l’écart entre les deux : faire en sorte que ce que l’organisation projette corresponde à ce que ses usagers perçoivent. Cet écart ne se réduit pas avec de meilleures communications. Il se réduit en travaillant la cohérence de l’expérience vécue à chaque point de contact.

L’identité de marque est ce que vous décidez d’être. L’image de marque est ce que vos usagers décident que vous êtes. La différence entre les deux mesure votre niveau de cohérence réelle.

Ce que contient l'identité de marque

L’identité de marque est un système. Ses composantes se renforcent mutuellement quand elles sont cohérentes entre elles, et se fragilisent mutuellement quand elles ne le sont pas.

L'identité verbale

Le nom de la marque, son slogan si elle en a un, sa façon de se présenter, les mots qu’elle utilise et ceux qu’elle évite, son registre de langage, sa voix. L’identité verbale est souvent sous-estimée par rapport à l’identité visuelle. Pourtant, c’est elle qui porte la promesse, les valeurs, la personnalité de la marque dans tous les textes, tous les discours, toutes les interactions écrites et orales.

L'identité visuelle

Le logo, les couleurs, les typographies, les formes, le système graphique. C’est la composante la plus visible et la plus formalisée de l’identité de marque. Elle crée la reconnaissance visuelle immédiate. Mais elle n’est qu’une partie du système.

Les valeurs et leur expression comportementale

Les valeurs ne font partie de l’identité de marque que si elles se manifestent concrètement dans les comportements de l’organisation. Des valeurs affichées mais non vécues ne construisent pas d’identité : elles créent de la défiance, parce que les usagers perçoivent l’écart entre ce qui est dit et ce qui est fait.

Le comportement dans les interactions

C’est la composante la moins formalisée et la plus déterminante. La façon dont les équipes interagissent avec les usagers, dont les problèmes sont traités, dont les engagements sont tenus : tout cela construit l’identité de marque autant que le logo et les valeurs affichées. Souvent plus.

Trois limites qui fragilisent l'identité de marque

Une identité de marque bien construite est un actif solide.
Dans la pratique, trois situations viennent régulièrement en compromettre la cohérence.

Parfois : l'identité est réduite à sa dimension visuelle

C’est la réduction la plus fréquente. On travaille le logo, la charte graphique, les couleurs. Le résultat est propre, cohérent visuellement. Et on pense avoir construit une identité de marque.
Mais un usager ne perçoit pas une marque à travers ses couleurs. Il la perçoit à travers l’ensemble de ses interactions. La réponse à son email. L’ambiance de l’espace dans lequel il est reçu. La façon dont une réclamation est traitée. Le ton du message automatique qu’il reçoit après son achat. Ces signaux construisent l’identité de marque au moins autant que l’identité visuelle. Souvent plus.

Une identité visuelle impeccable portée par des interactions incohérentes produit une dissonance que les usagers ressentent, même s’ils ne la formulent pas toujours.

Parfois : l'identité est définie une fois et jamais revisitée

L’identité de marque a été construite à un moment donné, pour l’organisation telle qu’elle était alors. Depuis, l’organisation a grandi, changé d’offre, évolué dans ses valeurs, renouvelé ses équipes dirigeantes.
L’identité, elle, est restée figée. Non pas par décision, mais par inertie : revisiter l’identité de marque est perçu comme un chantier lourd, une remise en question symboliquement chargée. On continue donc de s’y référer officiellement, tout en sachant qu’elle ne correspond plus tout à fait à ce que l’organisation est devenue.

Une identité décorrélée de la réalité de l’organisation ne produit pas de cohérence. Elle produit une façade, et les usagers les plus attentifs la perçoivent.

Parfois : l'identité est pensée comme une projection externe

La plupart des identités de marque sont construites en pensant aux usagers externes : les clients, les candidats, les partenaires. Ce que la marque veut leur montrer, ce qu’elle veut qu’ils ressentent.
Mais l’identité de marque se vit aussi de l’intérieur. Les collaborateurs sont les premiers usagers de la marque : ce qu’ils vivent au quotidien, la façon dont ils parlent de leur entreprise, l’alignement entre les valeurs affichées et les comportements réels de leur management, tout cela nourrit ou contredit l’identité.

Une identité de marque qui n’est pas vécue de l’intérieur ne peut pas être portée vers l’extérieur avec authenticité. C’est l’une des causes principales du décalage entre identité voulue et image perçue.

Comment savoir si son identité de marque est vraiment cohérente

La cohérence de l’identité de marque ne se mesure pas en relisant la charte graphique ou la plateforme. Elle se mesure dans les perceptions des usagers.

Observer les points de contact réels

Pas les productions officielles : les interactions quotidiennes.
Ce qui se passe quand quelqu’un appelle pour la première fois, quand un nouveau collaborateur arrive, quand un client insatisfait prend contact, quand la marque est représentée dans un événement. Ces moments révèlent ce que l’identité de marque produit réellement comme expérience.

Recueillir les perceptions des usagers

Demander à des clients, des collaborateurs, des partenaires de décrire la marque en quelques mots.
Comparer ces descriptions avec ce que l’identité de marque cherche à projeter. L’écart entre les deux est le diagnostic le plus honnête qu’une organisation puisse faire sur la cohérence de son identité.

Traverser les silos

Dans une organisation, chaque département a souvent sa propre version de l’identité de marque, adaptée à ses enjeux.
La communication externe soigne les messages clients. La RH porte une vision de la marque employeur. Le marketing développe ses propres codes. Sans une vision transversale, ces identités partielles finissent par se contredire.

Vérifier la cohérence de l’identité, c’est traverser ces silos : regarder ce que chaque département dit être la marque, et s’assurer que toutes ces versions racontent la même histoire.

Ce qu'ajoute le design d'expérience de marque

Le design d’expérience de marque part de l’identité de marque comme référence et pose une question concrète : est-ce que les usagers vivent réellement cette identité dans leurs interactions avec l’organisation ?

Ce travail d’observation révèle les angles morts : les points de contact où l’identité définie ne se traduit pas dans l’expérience vécue. Ces angles morts ne sont pas des fautes : ce sont des zones que personne n’a pilotées parce qu’on pensait que l’identité formalisée suffirait à les aligner.

Elle ne suffit pas. Définir une identité de marque cohérente est indispensable. S’assurer qu’elle se traduit dans chaque interaction, avec chaque usager, à chaque point de contact : c’est là que se joue la vraie force d’une marque.

La question que je vous pose

Si vous demandiez demain à cinq usagers de votre marque, choisis au hasard parmi vos clients, vos collaborateurs et vos partenaires, de décrire en trois mots ce qu’est votre organisation, est-ce que leurs réponses correspondraient à votre identité de marque ?

Et est-ce qu’elles seraient cohérentes entre elles ?

Ces deux questions sont simples. Les réponses, elles, sont souvent révélatrices.

Sébastien Kunz est designer d’expérience de marque. Il accompagne entreprises et établissements d’enseignement supérieur à construire et vérifier la cohérence entre leur stratégie de marque, leur plateforme, leur communication et ce que leurs usagers vivent réellement à chaque point de contact.