
Qu'est-ce que le positionnement de marque, et pourquoi n'est-ce pas une position stable ?
Une stratégie de communication efficace repose sur quatre piliers : des objectifs clairs, une connaissance précise des usagers, des messages cohérents avec la stratégie de marque, et des canaux adaptés aux comportements réels des usagers ciblés.
Elle s’appuie nécessairement sur une stratégie de marque et une plateforme de marque préalables. Sans ce socle, la stratégie de communication produit de la visibilité sans cohérence : on parle beaucoup, on construit peu.
Trois limites viennent régulièrement fragiliser les stratégies de communication les mieux construites : elles sont parfois montées sans stratégie de marque en amont, elles se concentrent sur les messages à diffuser en oubliant l’expérience qu’ils font vivre, et elles mesurent la visibilité sans vérifier la cohérence perçue par les usagers. C’est précisément ces angles morts que traite le design d’expérience de marque.
Stratégie de communication et stratégie de marque : ne pas confondre les deux
Avant de construire une stratégie de communication, il faut s’assurer d’avoir posé les bonnes fondations. La confusion entre stratégie de marque et stratégie de communication est l’une des plus fréquentes, et l’une des plus coûteuses.
La stratégie de marque définit ce que l’organisation est, ce qu’elle promet, à qui, et pourquoi on devrait la choisir plutôt qu’une autre. C’est le raisonnement fondateur.
La stratégie de communication définit comment faire savoir ce que l’organisation est et ce qu’elle promet. C’est le travail de diffusion. Il s’appuie sur la stratégie de marque. Sans elle, il produit de la communication sans cap.
Construire une stratégie de communication sans stratégie de marque, c’est décider comment parler avant de savoir ce qu’on a à dire. Les messages partent dans tous les sens, chaque production reconstruit sa propre version de ce que l’organisation est, et les usagers ne retiennent rien de cohérent.
Les quatre piliers d'une stratégie de communication efficace
Des objectifs clairs et mesurables
Une stratégie de communication commence par des objectifs. Pas des ambitions vagues, notoriété, visibilité, engagement, mais des objectifs précis, mesurables, ancrés dans une temporalité définie. Augmenter le trafic organique de 30% en six mois. Faire connaître une nouvelle offre à 500 décideurs ciblés d’ici la fin du trimestre. Réduire le taux de churn en améliorant la communication post-achat.
Des objectifs clairs permettent de choisir les bons outils, d’évaluer les résultats honnêtement, et de justifier les investissements. Sans eux, la stratégie de communication devient un catalogue d’actions sans critère de réussite.
Une connaissance précise des usagers
La stratégie de communication s’adresse à des usagers réels. Pas des personas génériques construits en salle de réunion : des personnes avec des comportements, des attentes, des canaux de consommation d’information, des moments de vérité dans leur relation avec la marque.
Connaître ses usagers, c’est savoir où ils cherchent de l’information, comment ils consomment du contenu, ce qui les fait passer à l’action, ce qui les freine. Cette connaissance conditionne tous les choix qui suivent : les messages, les formats, les canaux, la fréquence.
Des messages cohérents avec la stratégie de marque
Chaque message produit par la stratégie de communication doit être traçable jusqu’à la plateforme de marque. Il doit incarner la promesse, refléter les valeurs, s’exprimer dans la voix de la marque. Ce n’est pas une contrainte créative : c’est ce qui donne de la cohérence à l’ensemble et construit la reconnaissance dans la durée.
Un message brillant qui ne correspond pas à ce que la marque est réellement crée une dissonance. L’usager est attiré, puis déçu. La communication a fonctionné à court terme. Elle a fragilisé la marque à long terme.
Des canaux adaptés aux comportements réels
Le choix des canaux découle de la connaissance des usagers, pas des préférences internes ou des tendances du moment. Être présent sur tous les canaux à la fois est une illusion coûteuse. Être présent avec cohérence sur les canaux où ses usagers sont réellement est une stratégie.
Un canal ne vaut que par la qualité et la cohérence de ce qu’on y produit. Mieux vaut trois canaux bien tenus qu’une dizaine de présences anémiques qui envoient le signal d’une marque qui ne sait pas qui elle est.
Les étapes de construction d'une stratégie de communication
Étape 1 : poser le diagnostic
Avant de construire, comprendre ce qui existe. Quels messages l’organisation envoie-t-elle aujourd’hui, intentionnellement ou non ? Comment est-elle perçue par ses usagers ? Quels sont les écarts entre la perception actuelle et la perception visée ? Quels canaux sont actifs, lesquels sont cohérents avec la stratégie de marque ?
Ce diagnostic est l’étape la plus souvent sautée. On préfère commencer à produire plutôt que d’observer. C’est pourtant lui qui détermine si la stratégie construite sera ancrée dans la réalité ou dans les intentions.
Étape 2 : définir les objectifs et les usagers prioritaires
Quels résultats la stratégie doit-elle produire, pour qui, dans quel délai ? Ces décisions conditionnent tous les choix qui suivent. Elles doivent être validées par les parties prenantes avant que le travail de construction commence.
Étape 3 : construire l'architecture de contenus
Quels messages, sur quels sujets, dans quels formats, à quelle fréquence, sur quels canaux ? L’architecture de contenus est le plan de la stratégie : elle donne une vision d’ensemble de ce qui sera produit et diffusé, et s’assure que l’ensemble forme un tout cohérent.
Étape 4 : produire, diffuser, mesurer
La production est l’étape visible. Elle doit être précédée par toutes les étapes précédentes pour être efficace. Et elle doit être accompagnée d’un dispositif de mesure : pas seulement des indicateurs de visibilité, mais des indicateurs de cohérence perçue par les usagers.
Étape 5 : piloter et ajuster
Une stratégie de communication n’est pas un plan qu’on exécute mécaniquement. Elle s’ajuste en fonction des résultats, des évolutions du marché, des retours des usagers. Le pilotage régulier est ce qui fait la différence entre une stratégie qui apprend et une stratégie qui s’épuise.
Trois limites qui fragilisent les stratégies de communication les mieux construites
Même une stratégie de communication solide, bien construite, bien exécutée, peut manquer ses objectifs. Trois situations reviennent régulièrement.
Parfois : elle est construite sans stratégie de marque en amont
C’est le cas le plus fréquent. On construit la stratégie de communication directement, parce que c’est urgent, parce que les outils sont disponibles, parce qu’on a besoin de résultats rapides. La stratégie de marque attendra.
Elle n’attend pas vraiment. En son absence, chaque décision de communication reconstruit implicitement sa propre version de ce que la marque est. Les messages divergent progressivement, les prises de parole ne racontent pas la même histoire, et les usagers construisent une image floue de ce que l’organisation est réellement. La communication a eu lieu. La marque ne s’est pas construite.
Parfois : elle se concentre sur les messages à diffuser en oubliant l'expérience qu'ils font vivre
Une stratégie de communication traite les messages : ce qu’on dit, comment on le dit, où on le dit. Elle traite rarement l’expérience : ce que l’usager vit après avoir reçu le message.
Or c’est souvent là que tout se joue. Une campagne de communication attire un prospect. Il prend contact. L’expérience qu’il vit lors de ce premier contact, la façon dont on lui répond, la clarté du parcours qu’on lui propose, la cohérence entre ce que la communication lui a promis et ce qu’il trouve réellement, détermine la suite. La communication a fait son travail. L’expérience, elle, n’était pas au rendez-vous.
Une stratégie de communication efficace anticipe cette continuité. Elle ne s’arrête pas au message diffusé : elle pense à l’expérience que ce message va générer.
Parfois : elle mesure la visibilité mais pas la cohérence perçue
Les indicateurs de performance classiques d’une stratégie de communication mesurent la visibilité : impressions, portée, taux d’ouverture, trafic, engagement. Ce sont des indicateurs utiles. Mais ils ne mesurent pas ce qui compte vraiment pour la marque : est-ce que les usagers perçoivent la marque comme on veut qu’elle soit perçue ?
Une marque peut générer beaucoup de visibilité tout en construisant une image floue ou contradictoire. Mesurer uniquement la visibilité, c’est confondre le volume de communication avec son efficacité de marque. Les deux ne sont pas la même chose.
Communiquer beaucoup ne veut pas dire communiquer bien.
L’efficacité d’une stratégie de communication ne se mesure pas au volume de messages diffusés, mais à la cohérence de la perception qu’ils construisent.
Ce qu'ajoute le design d'expérience de marque
Le design d’expérience de marque complète la stratégie de communication en posant une question que celle-ci ne pose pas : est-ce que l’expérience vécue par les usagers est cohérente avec les messages qu’ils ont reçus ?
Cette question s’applique à chaque point de contact qui suit une prise de parole de la marque. Après une campagne de recrutement, quelle est l’expérience réelle du candidat dans le processus de sélection ? Après une communication sur la qualité de service, quelle est l’expérience réelle du client qui prend contact pour la première fois ? Après une annonce sur les valeurs de l’entreprise, quelle est l’expérience réelle du collaborateur qui les cherche dans son quotidien ?
Ces écarts entre message diffusé et expérience vécue sont les angles morts les plus coûteux d’une stratégie de communication. Ils ne se voient pas dans les indicateurs de visibilité. Mais les usagers les perçoivent, et ils en tiennent compte.
La question que je vous pose
Dans votre stratégie de communication actuelle, avez-vous défini non seulement ce que vous allez dire, mais aussi ce que vos usagers vont vivre après avoir reçu vos messages ?
Et mesurez-vous non seulement combien de personnes vous ont vu, mais si la perception qu’ils ont construite de vous correspond à ce que vous cherchez à projeter ?
Ces deux questions changent la nature du travail. Elles font passer la stratégie de communication d’un outil de diffusion à un outil de construction de marque.
Sébastien Kunz est designer d’expérience de marque. Il accompagne entreprises et établissements d’enseignement supérieur à construire et vérifier la cohérence entre leur stratégie de marque, leur plateforme, leur communication et ce que leurs usagers vivent réellement à chaque point de contact.

